Ma Rue - Ma Machalla



 

Taschkent, Usbekistan  En Ouzbékistan, la machalla est la plus petite unité d'autogestion. C'est là que sont réglées les questions de vie commune.

La machalla s'étend aussi loin que le chant du muezzin peut atteindre l'oreille des gens. © Abduvakhid Suleymanov

«Machalla» signifie en ouzbek «quartier», «pâté de maisons», ou «voisinage». C'est tout un système de relations entre les habitants d'une rue ou d'un quartier. Ce système des machallas existe depuis plusieurs siècles en Ouzbékistan. Il agit essentiellement sur l'émergence et le développement de formes de vie Ouzbèkes. C'est une forme de collectivité locale, similaire à une petite municipalité, très limitée dans l'espace.

Moi aussi je vis dans un entrelacs de modes de vie, de traditions et de lois tacites. Ma machalla est moderne. Elle se compose d'un groupe d'immeubles. Tout le monde se connaît, les voisins remarquent chaque changement. Les machallas ont même survécu à l'époque de l'union soviétique. Seule la taille des maisons, aujourd'hui à plusieurs étages, a vraiment changé. Une machalla ne peut pas dépasser la grandeur d'une rue.

Plus le chant du Muezzin atteint de gens, plus la machalla est grande

Autrefois la taille d'une machalla dépendait de l'amplitude sonore du muezzin, appelant les habitants à la prière, à une manifestation ou à un rassemblement. En effet, à l'époque, le centre d'une machalla était une mosquée ou un salon de thé. Maintenant c'est le "machalla-gusar" qui en constitue le centre, avec un président de conseil, en général élu par les habitants, une salle des fêtes pour les mariages et autres festivités, et un petit commissariat avec un inspecteur - que l'on connaît bien généralement.

Dans les rues de la machalla «Katta-Qorasuv» © Abduvakhid Suleymanov

Si quelqu'un se voit demander où il habite, il répond: «Je suis de telle ou telle machalla». Ici on ne nomme pas sa rue, mais le nom de son quartier.

Qui a besoin d'aide, s'adresse d'abord au «machalla-gusar»

Dans le «centre» de la machalla on discute de toutes les questions concernant le quartier et la vie commune. C'est aussi là que sont prises les décisions, car les machallas sont les plus petites unités administratives dans le système d'autogestion. Mais la machalla a aussi une fonction de contrôle : à travers son réseau « d'assistants » la machalla entend tout, voit tout et sait tout.

Quand les habitants ont besoin d'aide, ils s'adressent en premier lieu au machalla-gusar. Il aide à l'organisation de mariages, par exemple en prêtant de la vaisselle et des bancs, mais aussi pour d'autre fêtes, pour des enterrements, des travaux ou des évènements importants dans la vie des habitants.

Ma machalla: Katta Qorasuv

Ma machalla s'appelle «Katta Qorasuv», mot à mot cela veut dire «Grand Fleuve Noir». En réalité notre machalla est juste traversée par une petite rivière. Les habitations qui en font partie sont des blocs de béton grisâtres des années 80. Quand je suis allé en Allemagne avec ma famille pour mes études, ma femme m'a fait remarquer comme c'était calme dans les cours et dans les rues allemandes. Par rapport à ici on n'y voit que très peu d'enfants jouer dans la rue et pas de parents assis sur des bancs, à discuter.

Les «machallas» existent depuis des siècles en Ousbékistan, elles influencent fortement la société encore aujourd'hui - et la contrôlent. © Abduvakhid Suleymanov

En Ousbékistan, la vie commune se déroule dans les cours et devant les immeubles. Surtout le soir, presque tous sont dehors, les enfants jouent et les parents discutent des évènements du voisinage ou du monde. Tout se mélange, il y a du bruit. Mais ces derniers temps on voit aussi les enfants plus âgés et les ados assis à tchater ou jouer sur leur smartphone. Les cours sont pleines de voitures aussi. Les gens se garent partout et n'importe où, même sur les terrains de jeu. Cette tendance arrive malheureusement aussi chez nous.

Mais une chose reste inchangée: la machalla aide les gens à vivre armonieusement ensemble, en paix, et participe à la culture et à la vie de ses habitants.

Publiziert Juli 2015